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Yves Alphé était l’invité de RCF Loiret en Novembre 2017

Sophie Deschamps : Bonjour Yves Alphé. Alors vous êtes le dirigeant de Caritas Obsèques à Orléans et effectivement là nous sommes à quelques jours du 1er novembre, les gens vont aller dans les cimetières fleurir les tombes de leurs défunts. Vous, la mort, c’est votre quotidien, vous faîtes ce métier de conseiller funéraire. Quelles qualités cela demande-t-il ? Parce que c’est un métier qui recrute.

Yves Alphé : Oui, parce que c’est un métier d’avenir, on peut le dire. Parce que la situation démographique du pays laisse entendre que dans quelques années il y aura de plus en plus de décès. On pense qu’il y aura presque le double de décès par rapport à aujourd’hui dans une vingtaine d’années. C’est donc un métier d’avenir qui recrute.

Sophie Deschamps : Est-ce qu’il y a une formation spécifique ?

Yves Alphé : Tout à fait, il y a d’ailleurs une formation qui est obligatoire, qui doit être faîte dans l’année par exemple pour une personne qui débute dans la profession, qui peut commencer et être conseiller funéraire dans une entreprise. Mais par contre il doit faire cette formation dans la première année. C’est une formation qui dure en général un mois, proposée par des organismes de formation spécialisée.

Sophie Deschamps : Alors justement, qu’est-ce qu’on apprend durant cette formation ?

Yves Alphé : C’est surtout axé sur la partie administrative parce que c’est quand même une profession assez règlementée et qui demande un caractère administratif assez important pour toutes les démarches relatives à l’organisation des obsèques. Il y aussi une partie sur la cérémonie par exemple parce qu’il y a le conseiller funéraire qui reçoit les familles et organise les funérailles avec elle mais il y a aussi le maître de cérémonie qui accompagne la famille le jour des obsèques donc il y a aussi une formation relative au protocole pour les cérémonies.

Sophie Deschamps : Il y a également une dimension psychologique parce qu’effectivement chaque famille est différente.

Yves Alphé : Oui alors en formation on a quelques notions effectivement mais je pense que l’aspect psychologique se fait surtout avec l’expérience et puis après libre à chaque entreprise d’aborder ces sujets, de faire des réunions, éventuellement d’être coachées. Nous par exemple, organisons un colloque chaque année pour justement parler de la mort.

Sophie Deschamps : En effet, rappelons que le 8 novembre à 20 heures à Orléans « Comment parler de la mort aux enfants ». Mais vous diriez que la principale qualité c’est d’être à l’écoute, disponible vis-à-vis des familles quand elles arrivent ?

Yves Alphé : C’est ce que j’allais dire. A l’écoute, disponible et surtout être ouvert puisqu’on reçoit des familles qui viennent de tout bord, de toute origine. Il faut s’adapter puisque l’attente des familles est très différente, la mort est très différente. Parfois on reçoit des familles très soudées, des grandes familles et puis parfois de temps en temps des familles éclatées ou très isolées. Donc il faut s’adapter, on organise aussi bien l’inhumation, la crémation, des cérémonies religieuses, des cérémonies civiles.

Sophie Deschamps : Vous parlez des crémations, il y en a de plus en plus aujourd’hui ?

Yves Alphé : Oui tout à fait, surtout en ville puisqu’il n’y a pas encore beaucoup de crématoriums. Nous on travaille sur toute l’agglomération d’Orléans et aussi sur Beaugency dans le 41 donc on a beaucoup plus de crémations sur les familles qu’on reçoit à Orléans que dans les campagnes mais effectivement la crémation se développe davantage.

Sophie Deschamps : D’un point de vue strictement protocolaire, une cérémonie d’inhumation et de crémation c’est très différent et est ce qu’il y a beaucoup de similitudes pour vous ?

Yves Alphé : Disons que ça n’est pas forcément très différent dans le sens qu’on peut tout à fait faire une cérémonie civile pour une inhumation ou une cérémonie religieuse avant une crémation. Après c’est plutôt ce que la famille attendra ensuite après les obsèques. Est-ce qu’elle souhaitera le jour de la Toussaint se rendre devant une sépulture, dans un cimetière, déposer une fleur, qu’il y ait une stèle qui soit gravée au nom du défunt ou alors est ce que la famille préfèrera que les cendres soient dispersées en mer, en pleine nature ou dans un jardin de souvenirs ? C’est plutôt l’après qui pourra être changé mais la cérémonie en tant que telle non.

Sophie Deschamps : Alors justement, l’intitulé de votre profession c’est « conseiller funéraire » c’est-à-dire que vous donnez des conseils. Est-ce que des familles arrivent en ne sachant pas quel type de cérémonie elles vont choisir ?

Yves Alphé : Oui oui ça arrive, surtout quand le décès est brutal évidemment donc on doit les conseiller puisqu’il y a plusieurs aspects. Il y a l’organisation de la famille : est ce que les membres de la famille habitent ici, est ce qu’ils sont loin, est ce qu’il faut attendre, est ce que tout le monde viendra, est ce que ça sera une cérémonie dans l’intimité familiale. Est-ce qu’au contraire c’était une personne de connue, est ce qu’il y aura une insertion dans le journal, est ce qu’il y aura des faire part à envoyer. Après il y a évidemment l’aspect financier, y a-t-il une concession ? Vont-ils faire une crémation pour ensuite faire une inhumation diurne ou alors est ce qu’ils vont faire une inhumation. Il y a effectivement des personnes qui ne savent rien du service funéraire et donc on doit les conseiller sur différents aspects, prendre le temps avec elles.

Sophie Deschamps : Alors dernier point, Yves Alphé, d’être au contact comme ça permanent avec la mort, est ce que ça a changé votre regard sur ce qu’est le sens de la vie et de la mort aujourd’hui dans nos sociétés, est ce que ça reste relativement tabou ?

Yves Alphé : Oui c’est vrai, c’est tout à fait tabou. Moi ça fait à peu près 14 ans que je fais cette activité donc je pense que oui j’ai une approche de la mort différente par rapport aux personnes qui ne la côtoient pas.

Sophie Deschamps : On est obligés de prendre un petit peu de recul pour ne pas se laisser atteindre ?

Yves Alphé : Tout à fait. Le professionnel, le conseiller funéraire doit rester à sa place. On est pas là pour pleurer avec les familles, on est là pour organiser les obsèques et rendre un bel hommage au défunt mais effectivement il faut créer une « barrière », prendre du recul. Je pense qu’avec l’expérience, il y a des conseillers funéraires qui ont la foi, c’est mon cas, je suis catholique pratiquant donc j’ai cette espérance et je crois en la vie après la mort et je pense que ma foi aussi m’aide à faire ce travail même si comme je le disais tout à l’heure le conseiller funéraire doit être très ouvert et donc très délicat et faire très attention à ce qu’il dit aux familles pour respecter leur choix, leurs convictions et la façon dont ils veulent aborder ce moment de funérailles.

Sophie Deschamps : C’est pour ça que c’est important justement cette tradition du premier novembre où l’on va fleurir les tombes des défunts ?

Yves Alphé : Oui c’est une tradition. Je pense que les personnes ont besoin de rites et de traditions mais il y a des personnes qui n’ont pas cette sensibilité et qui vont peu voir leurs morts mais en tout cas le premier novembre c’est le jour donc il faut justement y penser.

Sophie Deschamps : Merci beaucoup Yves Alphé. Donc je rappelle que vous êtes responsable de Caritas Obsèques à Orléans.

Yves Alphé : Merci à vous.

 

Source : RCF Yves Alphé Caritas

N’oubliez pas que vous pouvez également retrouver sur le présent site l’autre intervention d’Yves Alphé dans la même émission, scindée en deux pages ci-dessous:

Interview Yves Alphé RCF Loiret Partie 1

Rencontre Partie 2