Émission « Une foi n’est pas coutume« , consulter la première partie de la rencontre avec Yves Alphé ici

 

Pascale de Barochez : Bonjour à tous, Pascale de Barochez au micro de « Une foi n’est pas coutume ». Nous avions laissé la semaine dernière Yves Alphé, directeur des pompes funèbres Caritas avec son histoire, comment il est rentré dans les pompes funèbres. Yves est donc jeune père de famille, 32 ans et est donc directeur d’une entreprise.

Yves Alphé : Tout à fait

PB : Yves, comment cela se vit au quotidien de côtoyer les familles en deuil ?

Yves Alphé : Alors on reçoit dans notre petite structure, il faut le dire, c’est une structure indépendante assez petite, on reçoit environ entre 10 et 15 familles par mois, donc comment ça se vit ? Eh bien, nous sommes donc dans des bureaux et nous sommes toujours disponibles 24h/24 et 7j/7. Il y a des horaires d’ouverture des bureaux qui sont en général de 9h à 18h et ensuite le soir, la nuit et le week-end, nous devons rester disponibles parce qu’évidemment, les décès peuvent survenir en pleine nuit. Nous sommes donc joignables par téléphone et si besoin on effectue aussi les transports de corps par exemple si le décès survient à domicile et que la famille souhaite qu’il soit transféré vers une chambre funéraire.

PB : Cela vous arrive de faire cela toute la nuit ?

Yves Alphé : Oui oui, c’est vrai que c’est pas forcément simple à gérer puisqu’il faut toujours rester près de son téléphone et puis il y a des moments pendant deux semaines on a aucun appel la nuit et puis en une nuit il peut y avoir trois ou quatre appels et là par contre on ne dort pas beaucoup durant la nuit et le lendemain il faut recevoir les familles donc il faut être suffisamment frais.

Pascale de Barochez : Et puis j’imagine que quand on vous appelle de nuit, c’est après le passage du médecin qui constate le décès.

Yves Alphé : Alors la première chose, quand le décès survient à domicile, la première chose qu’on doit demander à la famille c’est si le médecin est bien passé pour faire un certificat de décès parce que sans ça évidemment on n’intervient pas. Parfois le médecin dit qu’il va bientôt passer puis finalement ça dure plusieurs heures, ça peut arriver. Après on peut être aussi appelé par des services de gendarmerie, de police lorsqu’il y a un décès sur la voie publique ou une découverte de cadavre et là nous aussi on intervient dans ces moments-là donc on est aussi appelés assez souvent par les autorités de police et de gendarmerie.

Pascale de Barochez : Du coup, vous avez du personnel à gérer et à accompagner certainement. Comment se fait la gestion du personnel ?

Yves Alphé : Oui. Alors nous on est 4 à plein temps, c’est-à-dire qui reçoivent les familles, qui faisons les cérémonies. Donc nous sommes 4 sur Orléans, Beaugency et à Ozouer le Marché.

PB : Et avec les mêmes compétences ?

YA : Oui à peu près. Oui oui tout à fait. Après, chacun son expérience mais c’est à peu près les mêmes compétences. Évidemment Christelle qui est ma collaboratrice d’Ozouer le Marché est moins sur le terrain dans le sens des transports de corps etcétéra, en général elle intervient moins la nuit, fait moins les transports de corps mais bon cela peut lui arriver et puis elle elle s’occupe plus de la partie comptable, secrétariat etc. Donc voilà on se partage l’activité. Et puis après nous avons les porteurs, le personnel qui porte les cercueils, qui sont là pour les cérémonies (eux ne sont pas à temps plein, ils sont à temps partiel) donc eux ce sont des personnes soit en retraite soit des étudiants qui cherchent quelque chose en attendant leurs études.

PB : Ce personnel qui peut être exceptionnel du coup, si vous avez des étudiants, vous le formez, vous l’accompagnez, est ce qu’il y a besoin de lieux de paroles après ?

Yves Alphé : Alors c’est vrai qu’on a vraiment de la chance de travailler dans une bonne équipe, je suis assez content, assez fier. Il y a une très bonne ambiance dans l’équipe, je pense que c’est primordial qu’il y ait une bonne ambiance donc ça se passe assez bien. Après, s’il y a des personnes, certains porteurs qui se sentent moins capables d’intervenir sur justement les transports de corps suite à un accident de la route où ça peut être assez délicat, je respecte bien évidemment leurs compétences et leur envie. Il faut que chacun se sente prêt mais bon ils sont tous volontaires et ils aiment tous leur métier, ils sont tous assez volontaires.

Pascale de Barochez : Vous n’avez jamais eu besoin de faire intervenir un psychologue ?

Yves Alphé : Non, mais j’y pense. Je pense que l’entreprise est encore assez petite mais j’y pense et s’il y a besoin, effectivement, je n’hésiterai pas. Ça m’est déjà arrivé de le proposer par contre à d’autres personnes, à des membres de la famille. J’ai déjà eu un jeune homme de 17-18 ans qui était vraiment pas bien lors de l’entretien etcétéra et là je lui ai vraiment conseillé puis après il y a des équipes – moi personnellement j’ai fait partie des formations que propose Jalmalv qui m’ont beaucoup apporté.

Pascale de Barochez : Expliquez ce que c’est que Jalmav

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Yves Alphé présente brièvement l’association pour les personnes en fin de vie

Yves Alphé : Alors Jalmav, c’est une association nationale mais qui existe sur Orléans et qui accompagne jusqu’à la mort. Ce sont des bénévoles (il y a plusieurs statuts mais la plupart sont des bénévoles) qui sont proches des personnes en fin de vie mais ils ont aussi développé l’accompagnement des familles en deuil et donc à travers leurs formations, cela m’a beaucoup aidé et je pense en faire profiter aussi mon personnel.

PB : C’est très intéressant. Parce que toutes à l’heure vous avez indiqué que vous aviez eu l’occasion de partir en séminaire ou en retraite. Est-ce que vous avez prévu d’offrir à votre personnel… ?

YA : Oui alors c’est vrai que la structure est différente puisqu’au Service Catholique des Funérailles, il n’y avait que des conseillers funéraires, il n’y avait pas de porteurs, c’est un peu particulier. Il y avait aussi beaucoup de bénévoles donc l’ambiance était différente mais pourquoi pas bien sûr. Alors on organise quand même assez régulièrement, j’essaye d’organiser des sorties, la dernière qu’on a faîte c’était la visite de la cathédrale puisque on a eu l’honneur d’avoir le sacristain dans notre équipe qui a travaillé avec nous un petit peu donc du coup il nous a permis de nous faire visiter la cathédrale. Donc voilà, on essaye de se retrouver en dehors du travail de temps en temps pour échanger. Après, en ce qui concerne les retraites etcétéra, on n’en est pas là pour le moment.

Pascale de Barochez : Alors vous avez évoqué le Service Catholique des Funérailles, qu’est-ce que c’est ?

Yves Alphé : Le Service Catholique des Funérailles c’est une association qui a été créée en 2000. C’est le cardinal Lustiger qui a pris cette initiative et qui a demandé au directeur du Service Catholique des Funérailles qui est Christian de Cacqueray de monter cette association.

PB : C’est à Paris ?

YA : Alors c’est à Paris principalement, enfin ça a commencé à Paris puis après il y a plusieurs diocèses en fait c’est vraiment les diocèses qui le demandent. Alors il y a eu le diocèse de Versailles et puis, depuis moins longtemps, il y a eu Bordeaux, Lyon, Toulon, Marseille…donc voilà c’est vraiment un service qui se développe aussi un peu partout dans les grands diocèses.

Pascale de Barochez : Quel cadeau allez-vous faire à nos auditeurs, comme je vous l’ai demandé, une petite perle spirituelle ?

Yves Alphé : Oui alors j’ai choisi un texte que j’aime beaucoup et que je lis beaucoup lors de cérémonies, je le lis souvent au cimetière parce qu’au cimetière c’est souvent un moment où la famille se retrouve dans l’intimité familiale, pas forcément mais c’est souvent le cas et puis même lors de cérémonies civiles, au crématorium même de temps en temps. Enfin voilà, c’est une méditation qui a été écrite par un prêtre, le père Sertillanges sur le départ d’un membre de la famille, que je trouve très beau.

Pascale de Barochez : Nous vous écoutons.

Yves Alphé : D’accord. Par la mort, la famille ne se détruit pas. Elle se transforme. Une part d’elle va dans l’invisible. On croit que la mort est une absence, quand elle est une présence secrète. On croit qu’elle crée une infinie distance, alors qu’elle supprime toute distance, en ramenant à l’esprit ce qui se localisait dans la chair. Que de liens, elle renoue, que de barrières elle brise, que de murs elle fait crouler, que de brouillard elle dissipe, si nous le voulons bien. Plus il y a d’êtres qui ont quitté le foyer, plus les survivants ont d’attaches célestes. Le ciel n’est plus alors uniquement peuplé d’anges, de saints connus ou inconnus et du Dieu mystérieux. Il devient familier, c’est la maison de famille, la maison en son étage supérieur, si je puis dire et du haut en bas, le souvenir, les secours, les appels se répondent.

PB : Dans ce texte, on entend une espérance. Je pense que ça n’est pas anodin si votre entreprise s’appelle Caritas Obsèques. Cela fait partie d’un grand groupe Caritas Obsèques ?

YA : Non non absolument pas. C’est nous qui avons choisi le nom et qui avons créé cette structure.

PB : Voilà et donc vous offrez, animé de votre foi, un service empreint de charité et habité d’espérance.

Yves Alphé : Oui oui c’est vrai, je pense que mon activité me permet, même encore une fois pour des familles qui n’ont pas forcément la foi, de témoigner une certaine espérance et oui, par ce type de texte, je pense les rites de l’Église, parce qu’on sait que beaucoup de familles n’ont pas la foi mais font quand même appel à l’Église pour être accompagnés dans ces moments-là.

Pascale de Barochez : Donc une forme de foi.

Yves Alphé : Oui. Peut-être bien cachée au fond d’eux mais elle existe, je pense. C’est à nous d’aider à la faire ranimer grâce aux rites que l’Église nous propose.

Pascale de Barochez : Un grand merci, Yves, pour tout ce que vous nous avez proposé et votre action auprès des familles en deuil.

Yves Alphé : Merci beaucoup.

PB : Merci à tous de nous avoir écoutés