Émission « Une foi n’est pas coutume »

yves-alphé-rcf
Yves Alphé était au micro de « Une foi n’est pas coutume » pour parler de son parcours dans le monde du funéraire et des qualités pour être conseiller dans ce secteur.

Pascale de Barochez au micro : Aujourd’hui la mort est devenue un sujet tabou. On ne veut plus la voir, il faut que cela soit vite fait, bien fait quand même. Qui sont donc les personnes qui s’occupent de nos morts ? Quelle peut être leur motivation profonde ? Qu’est ce qui fait qu’un jeune père de famille fasse une école pour diriger une entreprise de pompes funèbres ? Comment cela a-t-il pu naître dans sa vie ? Je reçois Yves Alphé, directeur des pompes funèbres Caritas Obsèques qui va nous parler de ce qui l’anime profondément et de ce qui donne sens à sa vie dans son métier.

Pascale de Barochez : Bonjour Yves Alphé

Yves Alphé : Bonjour

Pascale de Barochez : Je vous reçois parce que nous nous sommes parlés de votre métier des pompes funèbres et qu’est-ce qui vous a poussé un jour dans ce métier ?

Yves Alphé : Et bien cela fait douze ans que j’ai découvert ce métier. J’avais 20 ans à l’époque, puisque j’ai 32 ans donc aujourd’hui. J’ai découvert ce métier complètement par hasard, c’est un ami qui m’a proposé un jour d’intégrer une équipe de porteurs, c’était un job d’été, j’étais en intérim à cette époque dans un tout autre domaine, j’étais chaudronnier soudeur dans les chantiers navals à Saint Nazaire donc vous voyez c’est déjà très différent et donc c’est complètement par hasard que l’on m’a proposé de faire ce métier et je ne pensais pas du tout que ça m’intéresserait à faire toute ma vie. Finalement j’ai tout de suite pris goût à ce métier. Tout d’abord, on était des porteurs donc du personnel de service, je portais le cercueil, je conduisais les corbillards mais déjà à ce moment-là j’ai tout de suite senti que j’avais ma place et que c’était tout à fait compatible avec mes convictions et ma façon de vivre.

Pascale de Barochez : Il y a eu un élément déclencheur ?

Yves Alphé : Alors il n’y a pas eu vraiment d’élément déclencheur lors de cette expérience. Cette expérience au début je pensais qu’elle allait durer 2 mois et finalement je suis resté 4 mois dans cette entreprise en tant que chauffeur-porteur et puis au bout de 4 mois, effectivement, en discutant avec différents maîtres de cérémonies ou des conseillers funéraires qui recevaient les familles, et bien on a partagé tout simplement et j’ai voulu continuer dans ce domaine donc c’est à ce moment-là que j’ai intégré une école, enfin une formation pour devenir conseiller funéraire en 2005 et puis donc ensuite j’ai intégré une entreprise en Normandie puis ça s’est fait comme ça. Maintenant je suis à Orléans.

Pascale de Barochez : Donc c’était plus particulièrement la rencontre des familles qui vous a touchée.

Yves Alphé : Oui, tout à fait. La rencontre avec les familles, le fait de vraiment pouvoir les aider, de me sentir utile vraiment à leurs côtés et puis le côté aussi organisation (appeler les paroisses, être sur les cérémonies, rencontrer les prêtres etc.) enfin vraiment je me suis senti tout de suite très bien dans ce métier malgré ma jeunesse.

Pascale de Barochez : C’est ce qui pourrait s’appeler de l’évènementiel, peut-être pour d’autres jeunes qui cherchent leur voie.

Yves Alphé : Oui, je pense que c’est une sorte d’évènementiel, c’est un métier très complet. Il y a une partie organisation, il y a une partie très technique aussi. Il y a une partie un peu de maçonnerie aussi pour tout ce qui concerne les travaux au cimetière. Il y a aussi une partie de démarches administratives, donc enfin c’est un métier très complet et on en apprend tous les jours, et c’est ça qui est formidable, qui est très intéressant.

Pascale DB : Donc vous aimez beaucoup la relation et en particulier avec des familles en souffrance

Yves A : Oui, c’est vrai

Pascale DB : Et comment vous vivez ça, de côtoyer la souffrance comme ça ?

Yves Alphé : C’est vrai qu’on a affaire à tous types de familles. On a des familles qui sont vraiment perdues, qui n’ont pas de repères, des personnes qui sont isolées, des personnes qui n’ont pas de conviction ou de foi, d’espérance. Et il y a d’autres personnes, des familles soudées au contraire qui sont de grandes familles donc il y a un soutien et puis d’autres ont la foi donc vraiment on a affaire à tous types de familles et c’est à nous de nous adapter et de savoir ce qu’on peut leur apporter.

Pascale DB : Alors qu’est ce que vous pensez leur apporter justement ?

Yves A : Ça dépend des familles mais j’essaie de leur apporter en tout cas un service professionnel avant tout, nous sommes des professionnels, on est là pour faire notre travail. Les familles ne nous demandent pas de pleurer avec elles, elles nous demandent tout simplement un service et la première chose qu’on peut faire, qu’on peut bien faire, c’est leur apporter, donc être réactifs, faire bien notre travail et puis être à l’écoute et comprendre vraiment ce dont elles ont besoin et ce qu’elles nous demandent, de leurs attentes.

Pascale de Barochez : Mais, comment vous faîtes pour ne pas pleurer avec elles ?

Yves Alphé : Alors, ça peut nous arriver de pleurer, surtout quand il s’agit de la mort d’un enfant, moi ça m’arrive assez souvent de verser une larme mais jamais devant elles en tout cas, souvent pendant la cérémonie où c’est toujours évidemment très triste. Donc ça peut nous arriver de pleurer, mais il ne faut pas montrer cette faiblesse aux familles parce que les familles, encore une fois, n’attendent pas qu’on pleure avec elles. Elles ont déjà beaucoup de peine, elles sont dans l’organisation, elles sont souvent perdues par les complications, par l’organisation de la famille, les démarches administratives et puis même parfois le décès survient alors que ce n’était pas du tout prévu. Donc on n’a pas sépulture familiale, on ne sait pas si ça sera une inhumation ou une crémation etc. Là nous notre rôle c’est vraiment de les aider, de les conseiller et de faire en sorte qu’elles prennent les bons choix au bon moment donc en aucun cas il faudrait pleurer avec elles.

Pascale DB : Mais elles vous font porter beaucoup finalement quand même.

Yves Alphé : Oui, ça dépend. C’est vrai que parfois on y pense beaucoup. Le soir, je me dis « tiens, est ce que j’aurais dû faire ça ? », c’est sûr que c’est parfois pas évident mais en général ça se passe bien.

Pascale DB : Et alors ça doit être quelque part un peu usant. Vous arrivez à vous ressourcer ? Vous avez un lieu de partage de parole ?

Yves Alphé : Ma famille heureusement, puisque je suis marié, j’ai des enfants, donc de temps en temps quand j’arrive à avoir le temps, c’est vrai que depuis 3 ans que je suis directeur de Caritas Obsèques à Orléans, j’ai beaucoup moins de possibilités de prendre des vacances parce que ça demande beaucoup de disponibilités mais j’ai ma famille avant tout puis après j’ai des activités avec des amis. J’ai quand même pas mal d’amis avec qui je peux sortir, allez diner, au cinéma, enfin bref, donc oui quand même je peux me ressourcer.

Pascale DB : Mais pour vous nourrir intérieurement, qu’est-ce qui vous nourrit intérieurement ?

Yves A : Alors intérieurement, il faut savoir qu’avec mon expérience, j’ai travaillé au Service Catholique des Funérailles donc j’ai une expérience de ce métier avec vraiment des convictions et une foi derrière. Je me rappelle au Service Catholique des Funérailles on allait régulièrement faire des séminaires, même des petites retraites, et donc ça m’a permis justement de trouver un équilibre, et cet équilibre j’essaye de le garder même si les choses ont un petit peu changé mais j’essaye de me ressourcer intérieurement en prenant quelques jours de repos au calme, que ça soit dans un monastère par exemple.

Pascale DB : C’est à vous de choisir les musiques pour les obsèques ?

Yves Alphé : Non, les musiques pour l’église, tout ce qui concerne ce qui se passe à l’église, c’est la famille qui a un entretien avec la paroisse, donc on ne rentre pas du tout dans cette organisation. Par contre on peut choisir ou proposer des morceaux de musique à la mise en bière et au cimetière.

Pascale DB : Surtout que parfois il n’y a pas de passage à l’église.

Yves Alphé : Dans ce cas-là ce sont des cérémonies civiles et là on organise avec la famille la cérémonie dans son ensemble.

Pascale DB : Et est-ce que votre foi vous anime même dans une célébration civile ?

Yves A : Oui bien sûr. Bon, même si on ne parle pas de Dieu avec les familles, bien sûr qu’on y pense nous et puis ça m’arrive même de prier intérieurement lors d’une cérémonie civile et puis de temps en temps on peut proposer des textes par exemple je pense à un texte, une méditation sur le départ d’un membre de la famille qui est une méditation écrite par un prêtre et que les familles, même pas croyantes aiment et acceptent que je leur lise.

Pascale DB : Merci Yves. C’est la fin de la première partie de notre émission. Nous nous retrouverons la semaine prochaine avec Yves Alphé, même heure sur RCF Loiret dans « Une foi n’est pas coutume ». D’ici là, partagez la joie autour de vous.

 

Pour retrouver l’audio intégral de la rencontre entre Yves Alphé et Pascale de Barochez, vous pourrez consulter le site officiel de la radio :  RCF Loiret Yves Alphé, une foi n’est pas coutume

Petite mise à jour : une nouvelle rencontre avec monsieur Alphé a eu lieu le 17 novembre 2017, retrouvez-la ici : Parler de la mort aux enfants par Yves Alphé dans « RCF »