La loi sur l’incinération par Yves Alphé

 

La crémation et l’installation d’un crématorium en général restent des sujets tabous, tout comme la mort elle-même ou la fin de vie , rappelle Yves Alphé. Toutefois, lors du décès d’une personne proche, le choix est à faire entre inhumer ou incinérer la personne. Dans certains cas, la personne désormais partie avait fait et communiqué son choix délibéré d’opter pour une crémation. Une décision parfois difficile à accepter pour les familles mais qu’il est crucial de respecter pour honorer la mémoire du défunt.

L’évolution de la crémation

Si elle ne représentait qu’1% des décès en 1980, la crémation était estimée à quasiment un quart des décès en 2005, soit près de 130 000 par an. En termes de monuments funéraires, on recensait 9 crématoriums sur le territoire français en 1980 contre plus de 120 en 2006, une tendance qui ne cesse d’augmenter.

Ce sont dans les pays d’Europe du Nord que la crémation est davantage répandue qu’en France. A l’inverse, dans les pays d’Europe du Sud, elle rencontre moins de succès en raison d’une forte présente catholique qui tolère mal cette pratique funéraire longtemps jugée déshonorante pour le défunt par cette religion.

Crémation ou inhumation ? Le choix des générations

Choix inhumation/crémation, un choix difficile
Choix inhumation/crémation, un choix difficile

Saviez-vous que la plupart des personnes âgées choisissaient la crémation plutôt que l’inhumation ? En revanche, chez les moins de 35 ans c’est l’inhumation qui a le plus de succès. Cette tendance chez les jeunes peut s’expliquer par un retour à la tradition et aux religions monothéistes qui ne tolèrent que peu la crémation.

C’est la loi du 15 novembre 1887 sur la liberté des funérailles qui permet à chaque citoyen de décider de son vivant s’il sera inhumé ou incinéré une fois décédé. Saviez-vous qu’il existe même un Mouvement crématiste qui communique sur ce mode funéraire (valeurs, principes, process) propre à la laïcité ?

Ceux qui optent pour la crémation quand le décès surviendra expliquent leur choix la raison principale de ne pas astreindre leurs proches à entretenir la tombe, en particulier lorsque le cimetière se situe loin de leur résidence. Une autre raison est la volonté de ne pas surpeupler les cimetières et limiter la pollution. Les convictions philosophiques (la libération totale de l’âme depuis le corps par exemple ou le corps considéré comme une « souillure ») et financières viennent ensuite mais sont plus minoritaires. En effet, certains spécialistes estiment que la crémation a un coût 30% moins cher qu’une inhumation, mais cela dépend des compagnies de pompes funèbres, indique Yves Alphé.

Le cercueil en carton de plus en plus en vogue

Le cercueil en carton fait de plus en plus d’adeptes pour les crémations, rappelle Yves Alphé. Pour des raisons écologiques tout d’abord et économiques ensuite. L’esthétique rentre aussi en ligne de compte. C’est pourquoi des crématoriums de nombreux pays acceptent ce type de cercueil qui présente plusieurs avantages. Une autorisation très récente dans l’Hexagone et seulement pour deux fabricants répondant aux normes NF pour les cercueils français.

Le cercueil en carton fait des adeptes mais est-il vraiment si écologique ?
Le cercueil en carton fait des adeptes mais est-il vraiment si écologique ?

En revanche, le bois demeure nettement meilleur comburant que le carton aggloméré. En d’autres termes, lors de la crémation, le bois consomme moins d’énergie fossile (le gaz) employé au cours de ce processus funéraire. Ainsi, le cercueil en carton peut ne pas être si écologique qu’il n’y paraît du moins dans le cas d’une crémation et non d’une inhumation.

Des normes longues à mettre en place, rappelle Yves Alphé

Le secteur du funéraire n’échappe pas à la règle, indique Yves Alphé : pour instaurer toute disposition législative ou un règlement, nombreuses et longues sont les procédures administratives dans notre pays. Débats parlementaires, délais de maturation des textes, obtention d’un accord européen…font partie des longues démarches indispensables pour faire évoluer la législation en matière de funéraire.

Le devenir des cendres

Pour rester sur un aspect législatif, le devenir des cendres est soumis à une stricte réglementation : depuis le début des années 2000 il est en effet interdit de conserver les cendres d’un défunt chez soi et l’urne peut être gardée au crématorium une année maximum. Cette urne devra d’ailleurs disposer d’une plaque indiquant l’identité du défunt ainsi que le nom du crématorium où il a été incinéré.

Il est tout à fait possible de disperser les cendres en pleine nature à condition qu’elles ne risquent pas, à cause du vent par exemple, de se retrouver sur la voie publique ou dans un lieu public en extérieur (ex : stade, parc…). Par ailleurs, en pleine mer aussi la dispersion des cendres est autorisée, mais pas sur les cours d’eau.

Enfin, si les proches ne souhaitent pas disperser les cendres, il est tout à fait possible de placer l’urne funéraire dans un cimetière à l’endroit prévu à cet effet.